Volterra Stein-Stein · PFE 12.5
PFE — DU Financial Engineering 2025-2026 · Youssef Jabir · Encadrant E. Abi Jaber

Volatilité en pratique :
markovienne, rough ou path-dépendante ?

Une approche pragmatique et comparative de la modélisation de la volatilité, au sein de la classe des modèles Volterra Stein-Stein — partant d'un problème concret : pricer une option exotique quand Black-Scholes ne suffit plus.

Classe de modèles
Volterra Stein-Stein
Volatilité
Gaussienne (OU)
Pricing
Monte-Carlo
Données
ATM skew SPX
Question
Rough vs Markovien ?
Rendu
14 juin 2026
Résumé

Le modèle de Black-Scholes suppose une volatilité constante, hypothèse que le marché dément : en inversant la formule sur les prix d'options, on obtient des volatilités implicites qui varient avec le strike et la maturité — le smile et le skew. Une volatilité réaliste est donc un processus dynamique $\sigma_t$, et non une constante.

Cette nécessité devient concrète dès qu'on cherche à pricer une option exotique (par exemple une asiatique) : il n'existe pas de cotation à inverser, ni de formule fermée de Black-Scholes pour son payoff. La seule voie est de simuler le sous-jacent (Monte-Carlo), ce qui exige de connaître la dynamique de la volatilité — la vol implicite, qui n'est qu'une moyenne par option, ne peut pas être injectée telle quelle dans une simulation.

Quelle est alors cette dynamique : markovienne (à réversion rapide), rough (rugueuse, à mémoire), ou path-dépendante ? Ce mémoire traite la question au sein de la classe des modèles Volterra Stein-Stein, où $\sigma_t$ suit une dynamique gaussienne de type Ornstein-Uhlenbeck pondérée par un noyau de mémoire $K$. Le choix de ce noyau (exponentiel, somme d'exponentielles, fractionnaire, translaté) interpole entre les régimes markovien et rough au sein d'un même cadre. Atout déterminant : la volatilité y étant gaussienne, sa trajectoire se simule exactement — variance d'incrément $\int K^2$ en forme fermée, sans biais de discrétisation ni contrainte de positivité — et pour tout noyau, même rough. D'où un pricing par Monte-Carlo exact et uniforme sur tous les noyaux — vanilles comme exotiques.

La démarche s'articule en quatre temps : (i) une analyse empirique de la structure par terme de l'ATM skew du S&P 500 ; (ii) le pricing par Monte-Carlo de la dynamique gaussienne ; (iii) la calibration des différents noyaux aux données de marché et leur comparaison ; (iv) le retour au problème initial — pricer l'option exotique sous chaque modèle calibré.

Résultats. Le markovien à 2 facteurs ajuste le mieux le skew SPX (meilleur BIC), devant les noyaux rough ; surtout, la rugosité $H$ n'est pas identifiée (frac $H\approx0.36$ et shifted $H\approx0.07$ ajustent aussi bien). Sous calibration jointe, les modèles s'accordent sur les vanilles mais divergent sur les exotiques, d'un écart dépendant du payoff (faible sur l'asiatique, plus net sur la barrière). Le message visé concerne les risques, en pricing et en gestion du risque, à conclure trop vite à une volatilité « rough ».

Mots-clés — volatilité stochastique · Volterra Stein-Stein · rough volatility · ATM skew · Monte-Carlo · calibration
Abstract (EN)

The Black-Scholes model assumes constant volatility, an assumption the market rejects: inverting the formula on option prices yields implied volatilities that vary with strike and maturity — the smile and skew. A realistic volatility is therefore a dynamic process $\sigma_t$, not a constant.

This need becomes concrete when pricing an exotic option (e.g. an Asian): there is no quote to invert, nor a closed-form Black-Scholes price for its payoff. The only route is to simulate the underlying (Monte-Carlo), which requires knowing the volatility's dynamics — implied volatility, being a per-option average, cannot be plugged directly into a simulation.

Is that dynamics Markovian (fast mean-reverting), rough, or path-dependent? This work addresses the question within the Volterra Stein-Stein class, where $\sigma_t$ follows a Gaussian Ornstein-Uhlenbeck-type dynamics weighted by a memory kernel $K$. The kernel choice (exponential, sum of exponentials, fractional, shifted) interpolates between Markovian and rough regimes within a single framework. Its key advantage: the volatility being Gaussian, the underlying path is simulated directly, enabling Monte-Carlo pricing valid for every kernel — vanillas and exotics alike.

The approach proceeds in four steps: (i) an empirical analysis of the S&P 500 ATM skew term structure; (ii) Monte-Carlo pricing of the Gaussian dynamics; (iii) calibration of the kernels to market data and their comparison; (iv) returning to the original problem — pricing the exotic under each calibrated model. Results: the two-factor Markovian kernel fits the SPX skew best (lowest BIC), the roughness $H$ is not identified (frac $H\approx0.36$ vs shifted $H\approx0.07$), and the calibrated models agree on vanillas but diverge on exotics (payoff-dependent). The intended message concerns the risks, in pricing and risk management, of concluding too quickly that volatility is "rough".

Keywords — stochastic volatility · Volterra Stein-Stein · rough volatility · ATM skew · Monte-Carlo · calibration
Partie 01

Introduction : du pricing d'exotiques à la dynamique de la volatilité

Tout part d'un problème concret — pricer une option exotique(1) — qui, de proche en proche, force à se demander comment la volatilité évolue réellement dans le temps.

1.1 — Un problème concret : pricer une option exotique

Plaçons-nous du point de vue d'un desk qui doit coter une option asiatique sur le S&P 500 : une option dont le payoff dépend non pas du seul prix final $S_T$, mais de la moyenne du sous-jacent sur une période,

payoff d'un call asiatique (arithmétique)
$\displaystyle \Big(\tfrac{1}{n}\sum_{i=1}^{n} S_{t_i} - K\Big)^{+}$

Contrairement à un call vanille (européen, payoff $(S_T-K)^+$), cette option n'est pas cotée sur un marché liquide : c'est un produit sur mesure. Tout le mémoire part de cette question pratique : comment lui attribuer un prix ?

1.2 — Pourquoi Black-Scholes ne suffit pas

Pour une vanille, le marché fournit le prix, et Black-Scholes sert seulement à le traduire en volatilité implicite. Pour notre asiatique, deux obstacles :

La seule voie générale est de simuler : générer un grand nombre de trajectoires du sous-jacent, calculer le payoff sur chacune, puis prendre la moyenne actualisée (Monte-Carlo).

1.3 — Mais avec quelle volatilité ?

Simuler le sous-jacent exige une volatilité. On ne peut pas prendre une constante : en inversant Black-Scholes sur les vanilles cotées, on obtient des volatilités implicites qui varient avec le strike et la maturité (le smile et le skew). Plus subtil : la vol implicite n'est pas la vol instantanée. La vol implicite est un nombre par option — une sorte de moyenne sur la durée de vie de l'option — alors que la simulation a besoin de la valeur de $\sigma_t$ à chaque instant (comme la vitesse moyenne d'un trajet ne dit rien de la vitesse à chaque seconde). On a donc besoin de la dynamique du processus $\sigma_t$.

Volatilité instantanée vs vol implicite
Schéma illustratif (trajectoire synthétique déterministe). La courbe bleue est la volatilité instantanée $\sigma_t$, celle qu'il faut fournir à chaque pas de la simulation. La ligne bordeaux est la vol implicite — un seul nombre (moyenne quadratique équivalente). On ne peut pas remplacer la première par la seconde : c'est tout l'enjeu d'une dynamique.

1.4 — Quelle dynamique ? Markovienne, rough ou path-dépendante ?

Reste la question centrale : comment la volatilité évolue-t-elle ? Trois grandes familles s'opposent :

La question du mémoire
Le débat n'est pas tranché : la signature « rough » observée pourrait aussi être reproduite par un modèle markovien à plusieurs facteurs. Peut-on vraiment distinguer ces régimes à partir de données finies ? — et quels risques prend-on, en pricing et en gestion du risque, à conclure trop vite « rough » ?

1.5 — Positionnement, cadre et plan

Nous traitons cette question dans la classe des modèles Volterra Stein-Stein : la volatilité y est gaussienne (de type Ornstein-Uhlenbeck), pondérée par un noyau de mémoire $K$. Changer $K$ fait passer continûment du régime markovien (noyau exponentiel) au régime rough (noyau fractionnaire), au sein d'un même cadre. Son atout décisif : la volatilité étant gaussienne, le chemin du sous-jacent se simule exactement (variance d'incrément $\int K^2$ en forme fermée, sans biais ni contrainte de positivité) et pour tout noyau, même rough — d'où un pricing par Monte-Carlo uniforme sur tous les noyaux, qui sert aussi bien à calibrer (vanilles) qu'à pricer les exotiques.

Le mémoire est organisé comme suit. La partie 02 rappelle le cadre Black-Scholes et la notion de volatilité implicite, et compare plusieurs algorithmes d'inversion. La partie 03 analyse empiriquement la surface de volatilité du S&P 500, en se concentrant sur la structure par terme du skew ATM. La partie 04 introduit la classe Volterra Stein-Stein et la simulation directe de sa volatilité gaussienne. La partie 05 développe le pricing par Monte-Carlo (réduction de variance, convergence, validation) pour différents noyaux. La partie 06 calibre et compare les modèles sur données de marché. La partie 07 revient au problème initial en priçant l'option asiatique sous chaque modèle calibré, révélant l'écart de prix entre régimes. La partie 08 discute l'identifiabilité statistique des régimes et les risques associés, avant la conclusion (partie 09).

Les contributions principales sont : (i) une mise en œuvre du modèle Volterra Stein-Stein avec pricing par Monte-Carlo pour une famille de noyaux ; (ii) une étude comparative de la capacité des régimes markovien / rough / path-dépendant à reproduire la surface de volatilité du S&P 500 ; (iii) une illustration, sur le pricing d'une option exotique, des conséquences pratiques du choix de régime ; (iv) une discussion critique, étayée numériquement, des limites de l'inférence du caractère rough de la volatilité.

Partie 02

Black-Scholes et volatilité implicite

Le socle : la formule de Black-Scholes, la volatilité implicite comme inversion de cette formule, les algorithmes pour la calculer, et le smile qui réfute l'hypothèse de volatilité constante.

2.1 — Le modèle de Black-Scholes

Black-Scholes suppose que le sous-jacent suit un mouvement brownien géométrique à volatilité constante $\sigma$ : $dS_t = (r-q)\,S_t\,dt + \sigma\,S_t\,dW_t$ (sous la probabilité risque-neutre, $q$ = taux de dividende). Le prix d'un call européen admet alors une formule fermée :

prix Black-Scholes — call européen
$$ C_{BS} = S_0\,e^{-qT}\,N(d_1) - K\,e^{-rT}\,N(d_2), \qquad d_{1,2} = \frac{\ln(S_0/K) + (r-q\pm\tfrac12\sigma^2)\,T}{\sigma\sqrt{T}}. $$
$$ P_{BS} = K\,e^{-rT}\,N(-d_2) - S_0\,e^{-qT}\,N(-d_1), \qquad \underbrace{C_{BS} - P_{BS} = S_0 e^{-qT} - K e^{-rT}}_{\text{parité call-put}}. $$

$N$ = fonction de répartition de la loi normale. La parité call-put (sans modèle) lie les deux prix. Hypothèses : marché sans friction, vente à découvert possible, $r$ et $\sigma$ constants, trajectoires continues (pas de sauts).

Dérivation par le lemme d'Itô (déplier)

1. Dynamique du log-prix. On applique le lemme d'Itô à $X_t = \ln S_t$. Avec $f(x)=\ln x$, $f'(x)=1/x$, $f''(x)=-1/x^2$ et $d\langle S\rangle_t = \sigma^2 S_t^2\,dt$ :

$$ dX_t = \frac{dS_t}{S_t} - \frac{1}{2}\,\frac{d\langle S\rangle_t}{S_t^2} = \Big(r-q-\tfrac12\sigma^2\Big)dt + \sigma\,dW_t. $$

2. Loi de $S_T$. En intégrant, $X_T = \ln S_0 + (r-q-\tfrac12\sigma^2)T + \sigma W_T$ avec $W_T\sim\mathcal{N}(0,T)$. En posant $W_T = \sqrt{T}\,Z$, $Z\sim\mathcal{N}(0,1)$ :

$$ S_T = S_0\,\exp\!\Big((r-q-\tfrac12\sigma^2)T + \sigma\sqrt{T}\,Z\Big), $$

donc $S_T$ est log-normale (et $\mathbb{E}^{\mathbb{Q}}[S_T]=S_0 e^{(r-q)T}$, cohérent avec la propriété de martingale du prix actualisé).

3. Région d'exercice. Le call est dans la monnaie ssi $S_T>K$, c'est-à-dire

$$ Z > -d_2, \qquad d_2 = \frac{\ln(S_0/K)+(r-q-\tfrac12\sigma^2)T}{\sigma\sqrt{T}}. $$

4. Espérance risque-neutre. Le prix est $C = e^{-rT}\,\mathbb{E}^{\mathbb{Q}}[(S_T-K)^+]$. En notant $\varphi$ la densité $\mathcal{N}(0,1)$ :

$$ \mathbb{E}^{\mathbb{Q}}[(S_T-K)^+] = S_0\,e^{(r-q-\frac12\sigma^2)T}\!\int_{-d_2}^{\infty}\! e^{\sigma\sqrt{T}\,z}\,\varphi(z)\,dz \;-\; K\!\int_{-d_2}^{\infty}\!\varphi(z)\,dz. $$

Le second terme vaut $K\,N(d_2)$. Pour le premier, on complète le carré : $e^{\sigma\sqrt{T}\,z}\varphi(z) = e^{\frac12\sigma^2 T}\,\varphi(z-\sigma\sqrt{T})$, d'où

$$ S_0\,e^{(r-q-\frac12\sigma^2)T}\,e^{\frac12\sigma^2 T}\,N(d_2+\sigma\sqrt{T}) = S_0\,e^{(r-q)T}\,N(d_1), \qquad d_1 = d_2 + \sigma\sqrt{T}. $$

5. Conclusion. En rassemblant et en multipliant par $e^{-rT}$ :

$$ C_{BS} = S_0\,e^{-qT}\,N(d_1) - K\,e^{-rT}\,N(d_2). \qquad\blacksquare $$

La sensibilité du prix à la volatilité — la vega — joue un rôle central pour la suite :

vega
$\dfrac{\partial C}{\partial \sigma} = S_0\,e^{-qT}\,\varphi(d_1)\,\sqrt{T} \;>\; 0$

($\varphi$ = densité normale). Elle est strictement positive et en cloche — maximale près de la monnaie (du forward), elle s'effondre vers les ailes (options très dans/hors la monnaie) et à très court terme.

Démonstration détaillée (déplier)

Point de départ. On dérive le prix Black-Scholes du call par rapport à la volatilité $\sigma$ :

$$ C = S_0\,e^{-qT} N(d_1) - K\,e^{-rT} N(d_2), \qquad d_{1,2} = \frac{\ln(S_0/K)+(r-q\pm\tfrac12\sigma^2)\,T}{\sigma\sqrt{T}}. $$

Les deux bornes $d_1$ et $d_2$ dépendent de $\sigma$, donc on applique la règle de dérivation en chaîne (avec $N'=\varphi$, la densité normale) :

$$ \frac{\partial C}{\partial \sigma} = S_0\,e^{-qT}\,\varphi(d_1)\,\frac{\partial d_1}{\partial \sigma} \;-\; K\,e^{-rT}\,\varphi(d_2)\,\frac{\partial d_2}{\partial \sigma}. $$

1. Une relation simple entre $d_1$ et $d_2$. Par définition, $d_2 = d_1 - \sigma\sqrt{T}$, donc en dérivant :

$$ \frac{\partial d_2}{\partial \sigma} = \frac{\partial d_1}{\partial \sigma} - \sqrt{T}. $$

On n'aura même pas besoin de calculer $\partial d_1/\partial\sigma$ explicitement — il va s'éliminer.

2. Le lemme clé. Les deux coefficients devant les dérivées sont en fait égaux :

$$ \boxed{\,S_0\,e^{-qT}\,\varphi(d_1) = K\,e^{-rT}\,\varphi(d_2)\,}. $$

Preuve : on calcule le rapport des deux densités. Comme $\varphi(x)=\tfrac{1}{\sqrt{2\pi}}e^{-x^2/2}$ :

$$ \frac{\varphi(d_1)}{\varphi(d_2)} = e^{-\frac12(d_1^2-d_2^2)} = e^{-\frac12 (d_1-d_2)(d_1+d_2)}. $$

Or $d_1-d_2 = \sigma\sqrt{T}$ et $d_1+d_2 = \dfrac{2\big[\ln(S_0/K)+(r-q)T\big]}{\sigma\sqrt{T}}$, donc le produit se simplifie complètement :

$$ (d_1-d_2)(d_1+d_2) = 2\big[\ln(S_0/K)+(r-q)T\big] \;\Longrightarrow\; \frac{\varphi(d_1)}{\varphi(d_2)} = \frac{K}{S_0}\,e^{-(r-q)T}. $$

En multipliant par $S_0\,e^{-qT}$, on obtient bien $S_0 e^{-qT}\varphi(d_1) = K\,e^{-qT}e^{-(r-q)T}\varphi(d_2) = K\,e^{-rT}\varphi(d_2)$. $\;\square$

3. Substitution et simplification. Notons $A := S_0 e^{-qT}\varphi(d_1) = K e^{-rT}\varphi(d_2)$ la valeur commune. En reportant l'étape 1 dans la dérivée :

$$ \frac{\partial C}{\partial \sigma} = A\,\frac{\partial d_1}{\partial \sigma} - A\left(\frac{\partial d_1}{\partial \sigma} - \sqrt{T}\right) = A\,\sqrt{T}. $$

Les termes en $\partial d_1/\partial\sigma$ s'annulent, et il reste :

$$ \boxed{\;\frac{\partial C}{\partial \sigma} = S_0\,e^{-qT}\,\varphi(d_1)\,\sqrt{T}\;}. $$

4. Pourquoi une courbe en cloche ? Tous les facteurs $S_0\,e^{-qT}\sqrt{T}$ sont positifs, donc la vega l'est aussi ($>0$) : acheter de la volatilité vaut toujours plus cher. Toute la forme vient de la densité $\varphi(d_1)$, maximale en $d_1=0$ et qui s'écrase exponentiellement quand $|d_1|$ grandit. Or $d_1$ mesure la « monnaie » (la position du strike par rapport au forward) :

  • Près de la monnaie ($K\approx F$) : $d_1\approx 0$, $\varphi(d_1)$ est maximale → vega maximale ;
  • Vers les ailes (options très dans/hors la monnaie) : $|d_1|\to\infty$, $\varphi(d_1)\to0$ → vega négligeable ;
  • À très court terme ($T\to0$) : sauf exactement à la monnaie, $d_1\propto 1/\sqrt{T}\to\pm\infty$ fait s'effondrer $\varphi(d_1)$ plus vite que $\sqrt{T}$ ne décroît → vega $\to 0$.

C'est cette concentration de la vega autour de la monnaie qui explique pourquoi l'inversion de la vol implicite est stable près du forward mais mal conditionnée dans les ailes (§2.3) : là où la vega s'effondre, une petite erreur de prix se traduit par une grande erreur de volatilité.

La vega — sensibilité du prix à la volatilité(5)
σ (volatilité)0.20
T (maturité, ans)1.00

2.2 — La volatilité implicite

La volatilité implicite $\sigma_{iv}$ est le $\sigma$ qui, injecté dans Black-Scholes, reproduit le prix observé : $C_{BS}(\sigma_{iv}) = C_{\text{marché}}$. Comme la vega est strictement positive, $C_{BS}$ est strictement croissante(6) en $\sigma$ : la solution, si elle existe (prix dans les bornes d'arbitrage), est unique(7). On l'obtient en inversant numériquement la formule.

2.3 — Algorithmes de calcul et points de vigilance

On compare deux méthodes de recherche de racine, appliquées à $f(\sigma)=C_{BS}(\sigma)-C^*$ :

les deux schémas

Dichotomie (bissection) — sans dérivée, robuste. Partant d'un bracket $[\sigma_{lo},\sigma_{hi}]$ tel que $f(\sigma_{lo})\,f(\sigma_{hi})<0$, on conserve à chaque pas le demi-intervalle où $f$ change de signe :

$$ \sigma_{mid}=\tfrac12(\sigma_{lo}+\sigma_{hi}), \qquad |\sigma_n-\sigma_{iv}| \;\le\; \frac{\sigma_{hi}^{(0)}-\sigma_{lo}^{(0)}}{2^{\,n}} \quad\text{(convergence linéaire).} $$

Newton-Raphson — utilise la dérivée (la vega au dénominateur), convergence quadratique :

$$ \sigma_{n+1} = \sigma_n - \frac{f(\sigma_n)}{f'(\sigma_n)} = \sigma_n - \frac{C_{BS}(\sigma_n)-C^*}{\text{vega}(\sigma_n)}. $$

Trois points de vigilance, illustrés par la démo ci-dessous :

Pourquoi Newton peut échouer — la géométrie en une image
départ σ₀0.09
strike K (→ aile OTM)118
maturité T (ans)0.50
Convergence du calcul de vol implicite — Newton vs dichotomie
vega (σ vraie)
Newton → σ
itér. Newton
Dichotomie → σ
itér. dichotomie
strike K100
maturité T (ans)0.50
σ vraie0.20
Newton vs dichotomie sur toute la gamme de moneyness
Newton — itér. moy.
Newton — échecs
Dichotomie — itér. moy.
Dichotomie — erreur max
maturité T (ans)0.50
σ ATM0.20
skew−0.25
courbure0.50

2.4 — Limites de Black-Scholes : le smile

Si l'hypothèse de Black-Scholes était vraie, inverser toutes les options donnerait le même $\sigma$. Or le marché montre l'inverse : la volatilité implicite dessine un smile / skew qui varie avec le strike et la maturité. C'est la réfutation directe de l'hypothèse de volatilité constante.

Smile de marché vs Black-Scholes
Schéma illustratif. Black-Scholes prédit une vol implicite plate (une constante, ligne bordeaux) ; le marché dessine un smile/skew (points bleus) — vol implicite plus élevée pour les bas strikes (puts de protection). Une seule constante ne peut pas les reproduire.

Le smile impose une volatilité qui varie. Mais pourquoi en modéliser la dynamique $\sigma_t$ plutôt que de paramétrer directement la surface implicite ?

Pont vers la suite
Le §3 quantifie ce smile via la term structure de l'ATM skew du SPX — dont la forme est la signature qui tranche rough vs markovien ; le §4 propose la dynamique (Volterra Stein-Stein).
Partie 03

Faits stylisés de la surface de vol du S&P 500

Premier axe empirique : la structure par terme du skew at-the-money (ATM) du S&P 500, fait stylisé central de la littérature récente — et la question « la volatilité est-elle rough ? »

3.0 — Présentation des données

La donnée de base de ce chapitre est la structure par terme moyenne de l'ATM skew du S&P 500, fournie par l'encadrant et calculée sur le marché entre 2012 et 2023. Pour chaque maturité $T$, on dispose d'un seul nombre : le skew ATM moyen (en valeur absolue) à cette maturité.

Aperçu

3.1 — La term structure de l'ATM skew

Le skew ATM est la pente de la volatilité implicite par rapport au log-strike $k=\ln(K/F)$, évaluée à la monnaie : $\text{skew}(T) = \big|\partial_k\sigma_{iv}(T,k)|_{k=0}\big|$. On dispose de sa moyenne 2012-2023 (donnée fournie par l'encadrant) sur 48 maturités, de ~1 semaine à 2.5 ans (le skew est pris en valeur absolue — il est en réalité négatif sur les indices actions).

Précision sur la mesure — information risque-neutre
Ce skew est lu sur des prix d'options (volatilités implicites de marché) : c'est donc une information risque-neutre $\mathbb{Q}$, telle que la valorise le marché. Il ne faut pas la confondre avec la rugosité estimée sur des trajectoires de volatilité réalisée (monde physique $\mathbb{P}$, ex. Gatheral-Jaisson-Rosenbaum 2018). Les deux mesures peuvent donner des $H$ différents : ici on caractérise ce que price le marché, pas la dynamique historique du sous-jacent.

La courbe présente deux régimes : aux courtes maturités ($T\lesssim 2$ mois) le skew explose (de $\approx 0.95$ à deux mois jusqu'à $\approx 1.42$ à une semaine) ; aux longues maturités il décroît lentement vers $\approx 0.19$.

Term structure SPX — court terme vs gamme complète

3.2 — Forme de la courbe

Le skew est strictement décroissant, explose aux courtes maturités ($\approx 1.4$ à une semaine — ce que les modèles markoviens standards peinent à reproduire), et apparaît quasi-linéaire en log-log : cela suggère une loi de puissance $\text{skew}(T)\approx c\,T^{\beta}$.

Pour décrire cette forme, on se donne quatre familles paramétriques $S(T)$, chacune étant la term structure d'ATM skew engendrée par une classe de noyau de mémoire $K$ du modèle Volterra (§4). Ajuster la forme, c'est sonder indirectement le noyau. La distinction décisive est le comportement en $T\to0$ : seul un noyau singulier fait exploser le skew.

démonstration — comment chaque noyau $K$ engendre sa forme de skew $S(T)$ (déplier)

Générateur commun. Au premier ordre (petit « vol-of-vol »), la pente ATM du skew produite par un noyau de mémoire $K$ est une double moyenne temporelle de ce noyau — c'est le proxy de skew de type Bergomi–Guyon / Alòs–León–Vives : $$ S(T) = \frac{C}{T^{2}}\int_0^{T}\!\!\int_0^{t} K(u)\,du\,dt, \qquad C>0 \ \text{(absorbe }\rho,\nu,\dots). $$ Posons $g(t)=\int_0^{t}K(u)\,du$ et $G(T)=\int_0^{T}g(t)\,dt$, donc $S(T)=\dfrac{C}{T^{2}}\,G(T)$. Il suffit d'injecter chaque noyau.

(a) Fractionnaire — $K(u)=u^{\,H-1/2}$, on note $p=H-\tfrac12$ : $$ g(t)=\frac{t^{p+1}}{p+1},\quad G(T)=\frac{T^{p+2}}{(p+1)(p+2)} \;\Longrightarrow\; S_{frac}(T)=\underbrace{\frac{C}{(p+1)(p+2)}}_{=\,c}\,T^{p}=c\,T^{\beta},\ \beta=H-\tfrac12. $$ La loi de puissance du noyau se transmet telle quelle au skew. Singulière en $0$ si $\beta<0$ → explose.

(b) Exponentiel — $K(u)=e^{-\lambda u}$ : $$ g(t)=\frac{1-e^{-\lambda t}}{\lambda},\quad G(T)=\frac{1}{\lambda}\Big(T-\frac{1-e^{-\lambda T}}{\lambda}\Big) \;\Longrightarrow\; S_{exp}(T)=\frac{c}{T}\Big(1-\frac{1-e^{-\lambda T}}{\lambda T}\Big),\ c=\frac{C}{\lambda}. $$ En $T\to0$ : $S_{exp}\to \frac{c\lambda}{2}$ — borné. C'est bien la forme engendrée par le noyau, pas le noyau lui-même.

(c) Deux exponentielles — par linéarité de l'intégrale, $K=w_1e^{-\lambda_1 u}+w_2e^{-\lambda_2 u}$ donne simplement $$ S_{2exp}(T)=S_{exp}(T;c_1,\lambda_1)+S_{exp}(T;c_2,\lambda_2). $$

(d) Puissance translatée — $K(u)=(u+\alpha)^{\beta}$ : $$ g(t)=\frac{(t+\alpha)^{\beta+1}-\alpha^{\beta+1}}{\beta+1} \;\Longrightarrow\; S_{shifted}(T)=\frac{c}{T^{2}}\Big(\frac{(\alpha+T)^{\beta+2}-\alpha^{\beta+2}}{\beta+2}-\alpha^{\beta+1}T\Big),\ c=\frac{C}{\beta+1}. $$ Le décalage borne $K(0)=\alpha^{\beta}<\infty$ → skew fini en $0$, mais $\sim c\,T^{\beta}$ pour $T\gg\alpha$ (allure rough).

Lecture. Le comportement en $T\to0$ se lit directement sur $K$ près de $0$ : $S(0)=\tfrac{C}{2}K(0)$ si $K(0)<\infty$ (exp, 2exp, shifted → bornés), et $S(T)\to+\infty$ si $K$ est singulier en $0$ (fractionnaire). C'est la signature qui sépare markovien de rough.

forme (a) · noyau fractionnaire — rough
$S_{frac}(T) = c\,T^{\beta}, \qquad \beta = H - \tfrac12$

Noyau $K(t)\propto t^{H-1/2}$ avec $H<\tfrac12$. En log-log c'est une droite de pente $\beta$. Singulière en 0 : $S_{frac}\to+\infty$ quand $T\to0$ — elle explose, ce qui colle qualitativement au court terme. Décroît vers $0$ à l'infini.

graphique interactif — manipuler $c$ et $\beta$ (déplier)
c (amplitude)0.40
β (exposant)−0.40
forme (b) · noyau exponentiel — markovien
$S_{exp}(T) = \dfrac{c}{T}\Big(1-\dfrac{1-e^{-\lambda T}}{\lambda T}\Big)$

Noyau $K(t)=e^{-\lambda t}$ : volatilité d'Ornstein-Uhlenbeck, modèle markovien à un facteur. En $T\to0$ : $S_{exp}(T)=\tfrac{c\lambda}{2}-\tfrac{c\lambda^2}{6}T+\dots$ — la courbe est bornée et tend vers $c\lambda/2$. Elle ne peut pas exploser : c'est la limite intrinsèque d'un modèle markovien. À l'infini $S_{exp}\sim c/T$.

graphique interactif — manipuler $c$ et $\lambda$ (déplier)
c (amplitude)0.28
λ (réversion)10.0
forme (c) · deux facteurs
$S_{2exp}(T) = S_{exp}(T;c_1,\lambda_1) + S_{exp}(T;c_2,\lambda_2)$

Deux échelles de temps ($\lambda_1$ rapide, $\lambda_2$ lente). Toujours bornée en 0, mais le facteur rapide permet une décroissance abrupte sur la plage observée : un modèle markovien multi-factoriel peut ainsi mimer l'explosion sans être rough.

graphique interactif — manipuler les deux facteurs $(c_1,\lambda_1,c_2,\lambda_2)$ (déplier)
c₁ (facteur rapide)0.22
λ₁ (rapide)30.0
c₂ (facteur lent)0.18
λ₂ (lent)2.0
forme (d) · puissance translatée — rough régularisée
$S_{shifted}(T) = \dfrac{c}{T^{2}}\Big(\dfrac{(\alpha+T)^{\beta+2}-\alpha^{\beta+2}}{\beta+2}-\alpha^{\beta+1}\,T\Big),\quad \alpha=\tfrac1{52}$

Noyau translaté $K(t)=(t+\alpha)^{\beta}$ : loi de puissance régularisée par le décalage $\alpha$ ($\approx$ 1 semaine). Pour $T\gg\alpha$ elle imite $S_{frac}$ (allure rough), mais reste finie en 0 ($\to\tfrac{c(\beta+1)}{2}\alpha^{\beta}$) : un compromis « rough sans singularité ».

graphique interactif — manipuler $c$ et $\beta$ (α = 1/52 fixé) (déplier)
c (amplitude)0.70
β (exposant)−0.60
FormeNoyau associé$T\to0$ (court terme)$T\to\infty$Régime
$S_{frac}$fractionnaire $t^{H-1/2}$explose $\to+\infty$$\to 0$rough
$S_{exp}$exponentiel $e^{-\lambda t}$borné $\to c\lambda/2$$\sim c/T$markovien
$S_{2exp}$somme de 2 exp.borné$\sim c/T$markovien multi-fact.
$S_{shifted}$puissance translatée $(t+\alpha)^{\beta}$borné (régularisé)$\sim c\,T^{\beta}$rough régularisé
Allure des quatre formes (paramètres illustratifs)

3.3 — Ajustements paramétriques

On confronte quatre formes, chacune étant la term structure produite par une classe de noyau du modèle Volterra (§4) : $S_{frac}=c\,T^{\beta}$ (loi de puissance ↔ noyau fractionnaire / rough), $S_{exp}$ (↔ noyau exponentiel / markovien), $S_{2exp}$ (deux facteurs), et $S_{shifted}$. On calibre chaque forme par moindres carrés (curve_fit) sur deux fenêtres : le court terme ($T\le 2$ mois) et la gamme complète ($T\le 2.5$ ans). Le widget montre les fits sur la gamme complète (3 onglets) ; le tableau ci-dessous donne les paramètres et RMSE des deux calibrations.

① Calibration sur le court terme ($T\le 2$ mois, 24 maturités).

ATM skew SPX — fits court terme
ModèleParamètres ajustésRMSETemps (ms)
$S_{2exp}$c₁ = 0.221, λ₁ = 11.6, c₂ = 0.0065, λ₂ = 1540.008019.98
$S_{shifted}$c = 0.714, β = −0.7000.00941.30
$S_{exp}$c = 0.192, λ = 15.80.01680.99
$S_{frac}$c = 0.531, β = −0.257  (H = 0.24)0.02820.64
Temps total de calibration (4 modèles)22.91
Lecture — court terme (RMSE × coût)
  • Sur 24 points ($T\le 2$ mois), les quatre formes reproduisent l'explosion : RMSE de $0.008$ à $0.028$. Même $S_{exp}$ — markovien, un seul facteur — atteint $0.017$ : on n'a pas besoin de rugosité pour le court terme.
  • $S_{2exp}$ gagne sur le RMSE ($0.0080$) mais coûte ~20× plus cher ($19.98$ ms, $\approx 500$ évaluations de curve_fit contre $\approx 20$ pour les autres). Raison : sur 24 points il est sur-paramétré — son second facteur ($c_2\approx0.006$, $\lambda_2\approx154$) est à peine identifiable, la surface des moindres carrés devient une vallée plate et l'optimiseur rame (~100 itérations). Meilleur RMSE ≠ meilleur modèle.
  • La loi de puissance $S_{frac}$ donne ici $\beta=-0.257$, soit $H=0.24$ — moins rough que le fameux $0.1$ : l'exposant court terme est plus doux (on y revient en §3.4).

② Calibration sur la gamme complète ($T\le 2.5$ ans, 48 maturités).

ATM skew SPX — fits gamme complète
ModèleParamètres ajustésRMSETemps (ms)
$S_{2exp}$c₁ = 0.488, λ₁ = 2.28, c₂ = 0.0605, λ₂ = 35.10.00791.00
$S_{shifted}$c = 0.717, β = −0.6850.01100.67
$S_{frac}$c = 0.407, β = −0.341  (H = 0.16)0.05990.41
$S_{exp}$c = 0.296, λ = 9.270.06560.88
Temps total de calibration (4 modèles)2.96

Temps (ms) = médiane sur 11 appels curve_fit, repris du notebook (valeurs indicatives, dépendantes de la machine). À lire en regard du RMSE : sur le court terme, $S_{2exp}$ donne le meilleur ajustement mais coûte ~20× plus cher à calibrer (deux échelles de temps très écartées, $\lambda_2\approx154$, plus dures à faire converger) ; sur la gamme complète tous les fits sont de l'ordre de la milliseconde.

Lecture des résultats
  • Sur la gamme complète, les formes simples ajustent mal — $S_{frac}$ (loi de puissance, RMSE $\approx 0.060$) et $S_{exp}$ (une exponentielle, $\approx 0.066$) ; les formes riches $S_{2exp}$ ($\approx 0.008$) et $S_{shifted}$ ($\approx 0.011$) collent à la donnée — ~7 à 8× mieux.
  • $S_{2exp}$ est markovien (somme d'OU) et donne le meilleur RMSE : la term structure du skew, seule, ne distingue pas rough vs markovien.
  • L'exposant n'est pas stable : $H=\beta+\tfrac12$ de $S_{frac}$ passe de $\approx 0.24$ (court terme) à $\approx 0.16$ (gamme complète) — un crossover (§3.4).
  • Au court terme, même l'exponentielle simple ($S_{exp}$, RMSE $\approx 0.017$) reproduit l'explosion : on n'a pas besoin de rugosité pour le court terme.
  • Côté coût, $S_{2exp}$ redevient bon marché sur la gamme complète ($1.00$ ms, $\approx 20$ évaluations) : avec 48 points bien étalés, ses deux échelles ($\lambda_1\approx2.3$, $\lambda_2\approx35$) sont identifiables. Le surcoût du court terme était donc un artefact de sur-paramétrisation, pas une propriété intrinsèque du 2-exp.

Conclusion (pont). Conclure « rough » à partir de cette seule courbe est hasardeux — un markovien multi-facteurs la reproduit au moins aussi bien, et l'exposant dépend de la fenêtre (cf. Guyon & El Amrani 2022 ; Delemotte-De Marco-Segonne 2023). C'est instruit dans la suite (§5–§7).

3.4 — Loi de puissance, crossover et rugosité

La régression log-log donne un exposant global $\beta\approx-0.40$, soit $H=\beta+\tfrac12\approx 0.10$ — exactement la signature « rough » de Gatheral-Jaisson-Rosenbaum (2018). Mais une seule loi de puissance ajuste mal (RMSE $\approx 0.06$) : l'exposant n'est pas constant ($\beta\approx-0.27$ aux courtes maturités, $\approx-0.53$ aux longues) — un crossover, pas une vraie loi de puissance unique. Ce chapitre se concentre sur cet exposant ; la comparaison des qualités d'ajustement (où un markovien à deux facteurs égale le rough) a été traitée en §3.3 et est reprise dans la synthèse §3.5.

Crossover de la pente log-log
β courtes (H)
β longues (H)
β global (H)
Récapitulatif — tous les exposants H (fenêtre × méthode)

Plusieurs valeurs de H circulent dans §3.3 et §3.4 : elles ne se contredisent pas, elles diffèrent par la fenêtre de maturités et la méthode d'ajustement.

SourcePointsMéthodeβH
§3.3 court24 courtscurve_fit (valeurs)−0.2570.24
§3.3 full48 (tous)curve_fit (valeurs)−0.3410.16
§3.4 courtes24 courtsrégression log-log−0.270.23
§3.4 longues24 longsrégression log-log−0.53−0.03
§3.4 global48 (tous)régression log-log−0.400.10

Deux clés de lecture.

  • ① Fenêtre. Un fit global (48 points) mélange courtes et longues maturités ; comme les longues décroissent plus vite (β ≈ −0.53), la pente globale est plus raide que les courtes seules (−0.27). C'est pourquoi le « β global » (−0.40) ≠ le « β court » (−0.257).
  • ② Méthode. curve_fit minimise l'erreur sur les valeurs : les grosses valeurs (courtes maturités) dominent → pente plus douce. La régression log-log minimise l'erreur relative (en %) : tous les points comptent à égalité → pente plus raide. D'où, sur les mêmes 48 points, H = 0.16 (curve_fit) vs 0.10 (log-log) ; sur les mêmes 24 courts, H = 0.24 vs 0.23 — écart minime car les valeurs y varient peu (×2 contre ×7 sur le full).

3.5 — Synthèse du chapitre

Synthèse — ce que dit (et ne dit pas) la term structure du skew SPX
  • Forme. Skew strictement décroissant, qui explose au court terme ($\approx 1.4$ à une semaine) et apparaît quasi-linéaire en log-log → une loi de puissance est une première approximation naturelle.
  • Loi de puissance & rugosité. Globalement $\beta\approx-0.40 \Rightarrow H\approx0.10$ — la signature « rough » de Gatheral-Jaisson-Rosenbaum. Mais l'exposant n'est pas constant ($\approx-0.27$ court, $\approx-0.53$ long) : un crossover, pas une vraie loi de puissance unique.
  • Calibration. Sur la gamme complète, les formes riches — $S_{2exp}$ (markovien, $0.008$) et $S_{shifted}$ ($0.011$) — battent la loi de puissance et l'exponentielle simple ($\approx 0.06$) d'un facteur ~7. Donc un markovien à deux facteurs ajuste au moins aussi bien qu'un modèle rough.
  • Coût & identifiabilité. Le meilleur RMSE ($S_{2exp}$) est aussi le plus dur à calibrer au court terme car sur-paramétré (détail des coûts en §3.3) : un bon RMSE seul peut tromper.
  • Nature de la mesure. Tout ceci est risque-neutre $\mathbb{Q}$ (lu sur des prix d'options), à ne pas confondre avec la rugosité de la volatilité réalisée (monde physique $\mathbb{P}$).

Verdict. La term structure de l'ATM skew, prise seule, ne tranche pas entre markovien, rough et path-dépendant (cf. Guyon & El Amrani 2022 ; Delemotte-De Marco-Segonne 2023 ; Abi Jaber & Li 2025). C'est pourquoi la suite plonge ces noyaux dans la classe Volterra Stein-Stein (§4), les price par Monte-Carlo (§5), les calibre aux prix de marché (§6) et discute le risque de modèle (§7+).

Partie 04

La classe des modèles Volterra Stein-Stein

Volatilité gaussienne, noyau de mémoire, et l'idée qui unifie markovien et rough : tout noyau admissible est un mélange d'exponentielles.

Le §3 a posé la question empirique sans la trancher. Ce chapitre installe le cadre théorique qui permettra de la trancher via le pricing (§5) et la calibration (§6) : une volatilité gaussienne $\sigma_t=\int_0^t K(t,s)\,dW_s$ pilotée par un noyau de mémoire $K$. Le choix de $K$ balaie le spectre markovien $\leftrightarrow$ rough ; la gaussiannité rend la volatilité directement simulable, atout du pricing par Monte-Carlo.

4.1 — Du Stein-Stein classique au cadre gaussien

Le §2.4 l'a montré : on ne peut pas injecter la surface de vol implicite dans une simulation (vol implicite $\neq$ vol instantanée $\sigma_t$). Il faut un processus. Stein-Stein choisit $\sigma_t$ gaussien, de type Ornstein-Uhlenbeck, qui revient vers une moyenne :

dynamique de la volatilité · OU
$\displaystyle d\sigma_t = \kappa\,(\theta-\sigma_t)\,dt + \nu\,dW_t$

$\kappa$ : vitesse de réversion vers $\theta$ (niveau long terme) ; $\nu$ : vol-of-vol. (Mêmes lettres $(\kappa,\theta,\nu)$ qu'aux §5–§6 ; $\kappa$ est la vitesse de réversion, notée $\lambda$ dans le noyau exponentiel du §4.2.) La dérive est linéaire — c'est ce qui garde $\sigma_t$ gaussien (clé du §4.4). $\sigma_t$ peut devenir négatif, sans gravité : seul $\sigma_t^2$ entre dans le prix.

On en déduit la solution, l'espérance et la variance : $\sigma_t=\theta+(\sigma_0-\theta)e^{-\kappa t}+\nu\int_0^t e^{-\kappa(t-s)}dW_s$, donc $\mathbb E[\sigma_t]=\theta+(\sigma_0-\theta)e^{-\kappa t}$ et $\mathrm{Var}[\sigma_t]=\frac{\nu^2}{2\kappa}(1-e^{-2\kappa t})$ ($\to\frac{\nu^2}{2\kappa}$ stationnaire).

démonstration — solution, espérance, variance de l'OU (déplier)

Solution. On élimine la dérive par le facteur intégrant $e^{\kappa t}$ : $d(e^{\kappa t}\sigma_t)=e^{\kappa t}(d\sigma_t+\kappa\sigma_t dt)=e^{\kappa t}(\kappa\theta\,dt+\nu\,dW_t)$. En intégrant : $\sigma_t=\theta+(\sigma_0-\theta)e^{-\kappa t}+\nu\int_0^t e^{-\kappa(t-s)}dW_s$.

Espérance. L'intégrale d'Itô est centrée → $\mathbb E[\sigma_t]=\theta+(\sigma_0-\theta)e^{-\kappa t}$.

Variance. Par l'isométrie d'Itô : $\mathrm{Var}[\sigma_t]=\nu^2\int_0^t e^{-2\kappa(t-s)}ds=\nu^2\frac{1-e^{-2\kappa t}}{2\kappa}$. $\sigma_t$ gaussien → loi décrite par ces deux moments seulement.

Volatilité Ornstein-Uhlenbeck — réversion vers la moyenne + variance
κ (réversion)4.0
θ (long terme)0.20
σ₀ (départ)0.35
ν (vol-of-vol)0.30
demi-vie ln2/κ
σ stationnaire ν/√(2κ)

4.2 — Le noyau de mémoire et la formulation Volterra

L'OU n'est qu'un cas particulier. On généralise en écrivant la volatilité comme l'intégrale d'un bruit contre un noyau $K$ :

processus de Volterra gaussien
$\displaystyle \sigma_t = \int_0^t K(t,s)\,dW_s$

$K(t,s)$ = poids du choc survenu en $s$, vu de $t$. Toute la mémoire — markovienne / rough — est dans $K$. (L'OU du §4.1 correspond à $K(t,s)=\nu\,e^{-\kappa(t-s)}$.)

Pourquoi des exponentielles et des puissances, jamais un $\cos$ ? Une mémoire doit s'estomper, pas osciller. Le théorème de Bernstein (complète monotonie) : tout noyau légitime est une superposition positive d'exponentielles

idée unificatrice · Bernstein
$\displaystyle K(t) = \int_0^\infty e^{-\lambda t}\,\mu(d\lambda),\qquad \mu\ge 0$

Chaque $e^{-\lambda t}$ est une réversion à vitesse $\lambda$ ; un noyau est un mélange dosé par la mesure spectrale $\mu$. Un $\cos$ change de signe et impose une échelle de temps — exclus par les données (skew en loi de puissance, sans échelle). D'où le lift markovien : $\sigma_t=\int Y_t^{\lambda}\mu(d\lambda)$ avec $dY_t^{\lambda}=-\lambda Y_t^{\lambda}dt+dW_t$. Mesure finie de Diracs → markovien multi-facteurs ; continuum → rough.

Noyaux de mémoire et leur mesure spectrale
H (Hurst, rough si < ½)0.10
Le point clé (pour §6–§7)
Le noyau fractionnaire $t^{H-1/2}$ est un mélange infini d'exponentielles, sur toutes les vitesses $\lambda$ — d'où simultanément la rugosité (vitesses énormes) et la longue mémoire (vitesses lentes). Conséquence : une somme finie d'exponentielles, qui est markovienne, peut approcher le rough sur les maturités observées. C'est pourquoi rough et markovien multi-facteurs sont difficiles à distinguer (Abi Jaber & El Euch) — la question même de ce mémoire.

4.3 — Les cas particuliers selon le noyau

En faisant varier $\mu$ — quelles vitesses on mélange — on balaie le spectre markovien $\leftrightarrow$ rough :

Noyau $K$Mesure $\mu$RégimeÉtat
Exponentiel $e^{-\lambda t}$1 Diracmarkovien (OU, 1 facteur)dim. 1
Somme d'exp. ($N$exp)$N$ Diracsmarkovien multi-facteursdim. $N$
Fractionnaire $t^{H-1/2}$continuum $\lambda^{-(H+1/2)}$rough (singulier en 0)dim. $\infty$
Translaté $(t+\varepsilon)^{H-1/2}$continuum amorti $e^{-\varepsilon\lambda}$rough régularisé$\infty$ borné
Attention — le path-dépendant est un axe distinct
Ces quatre noyaux décrivent la mémoire du bruit $W$ (axe markovien $\leftrightarrow$ rough). Le path-dépendant (Guyon) est une autre famille : la vol y dépend du chemin passé du prix $S$, pas du bruit. Comparé comme troisième candidat au §7.

4.4 — La gaussiannité : un chemin simulable directement

L'atout du cadre gaussien. Le log-prix $\log S_T=\log S_0+\int_0^T(r-\tfrac12\sigma_t^2)dt+\int_0^T\sigma_t\,dB_t$ est, conditionnellement à la trajectoire de $\sigma$, gaussien ; et $\sigma$ lui-même est un processus gaussien entièrement fixé par le noyau $K$. Sur une grille $0=t_0<\dotsvecteur gaussien de covariance connue, qu'on échantillonne directement — sans schéma d'Euler sur $\sigma$, sans EDP, sans même le lift markovien :

simulation directe de la vol gaussienne · schéma à variance exacte (« Euler 3 »)
$\displaystyle \sigma_{t_i}=g_0+\sum_{j\le i} W_{ij}\,Z_j,\qquad W_{ij}=\sqrt{\textstyle\int_{t_{j-1}}^{t_j}K(t_i-s)^2\,ds}$

« Euler 3 » est simplement notre étiquette pour ce schéma (pas un nom de manuel). Chaque poids $W_{ij}$ est la racine de la variance apportée par l'intervalle $j$ (forme close) — donc variance exacte, sans dérive même pour le rough. Tous les noyaux (markovien ou rough) se traitent à l'identique : on remplit $W$. C'est ce qui rend le pricing Monte-Carlo (§5) universel — la seule machine numérique du mémoire, qui calibre (§6) et price les exotiques (§7).

le seul biais de discrétisation (déplier)

La loi de $\sigma$ sur la grille a une variance exacte par construction (Euler 3, §5.2) — aucune approximation de dynamique, et pas de dérive même pour le noyau rough. Le seul biais porte sur les intégrales du log-prix ($\int\sigma^2dt$, $\int\sigma\,dB$), approchées par un schéma d'Euler point-gauche ; il s'évanouit en $O(1/N)$. C'est ce qui distingue Stein-Stein (vol gaussienne, simulable d'un bloc) d'un Heston (variance CIR, à intégrer pas à pas en gérant la positivité).

4.5 — Le rôle de $\rho$, et pourquoi la gaussiannité est l'atout central

Corrélation prix-vol $\rho$ (effet de levier). $dB_t=\rho\,dW_t+\sqrt{1-\rho^2}\,dW_t^{\perp}$, avec $\rho<0$ sur les actions. C'est $\rho$ qui crée le skew : son signe fixe le sens de l'asymétrie, son amplitude la pente ; le noyau $K$ fixe la structure par terme (§3). Sans corrélation, smile symétrique.

Pourquoi la gaussiannité est l'atout central · Stein-Stein vs Heston
Dérive linéaire + bruit gaussien $\Rightarrow \sigma_t$ gaussien $\Rightarrow$ chemin directement simulable (§4.4) $\Rightarrow$ Monte-Carlo uniforme sur tous les noyaux (§5). À ne pas confondre : le Monte-Carlo n'exige pas la gaussiannité (Heston, rough Heston se simulent aussi) — elle le rend exact et indépendant du noyau (variance $\int K^2$ en forme fermée, sans biais sur le noyau singulier, sans contrainte de positivité). Stein-Stein modélise la vol par un OU gaussien (peut être négatif, sans gravité) ; Heston modélise la variance par un CIR (reste $\ge 0$). Le compromis « vol gaussienne pouvant être négative $\leftrightarrow$ trajectoire directement simulable (sans contrainte de positivité) » est exactement l'intérêt du cadre.
Synthèse — §4
Volterra Stein-Stein = vol gaussienne $\sigma_t=\int_0^t K\,dW_s$. (i) Le noyau $K$ porte la dynamique ; par Bernstein, $K=\int e^{-\lambda t}\mu(d\lambda)$ = mélange positif d'exponentielles (lift markovien). (ii) La mesure $\mu$ situe le modèle markovien (spectre discret) $\leftrightarrow$ rough (spectre continu) — un mélange fini approche le rough. (iii) La gaussiannité rend le chemin directement simulable ($\sigma=g_0+W\,Z$, schéma d'Euler 3, §4.4). (iv) $\rho$ crée le skew. On a tout pour pricer par Monte-Carlo (§5) puis calibrer (§6).
Partie 05

Pricing par Monte-Carlo

La gaussiannité paie : $\sigma$ se simule exactement (variance d'incrément $\int K^2$, sans biais ni positivité à gérer), pour tout noyau ⇒ on price toute option en moyennant le payoff. Un seul moteur, pour tous les noyaux — vanilles comme exotiques.

Où l'on en est. Données (§3) → modèle (§4) → moteur de prix (ici) → calibration (§6) → exotique (§7). L'atout du §4 : $\sigma=g_0+W\,Z$ (schéma d'Euler 3) s'échantillonne d'un bloc. Le moteur sera appelé de nombreuses fois par l'optimiseur de calibration → on le rend efficace par antithétiques et nombres aléatoires communs (§5.3).

5.1 — Principe : simuler la dynamique, moyenner le payoff

Le prix risque-neutre est une espérance $C=e^{-rT}\,\mathbb E^{\mathbb Q}[\text{payoff}]$. Hors cas très particuliers, elle n'a pas de forme fermée pour un $\sigma$ Volterra : on l'estime par simulation, et l'erreur décroît en $O(1/\sqrt P)$ (TCL), indépendamment du noyau — d'où l'universalité de la méthode.

estimateur Monte-Carlo
$\displaystyle \widehat C=\frac{e^{-rT}}{P}\sum_{p=1}^{P}\text{payoff}\big(S^{(p)}\big),\qquad \text{erreur}\approx\frac{e^{-rT}\,\widehat{\mathrm{std}}}{\sqrt P}$

Prix à payer : un bruit statistique (réduit en §5.3) et un biais de discrétisation en temps (contrôlé par $N$, §5.5).

démonstration — d'où vient la formule d'erreur $e^{-rT}\,\widehat{\mathrm{std}}/\sqrt P$ (déplier)

Notons $Y_p=\text{payoff}(S^{(p)})$ les $P$ tirages : des copies indépendantes et de même loi (chaque trajectoire provient d'un jeu de chocs $Z$ indépendant), de moyenne $\mu=\mathbb E^{\mathbb Q}[\text{payoff}]$ et de variance $s^2=\mathrm{Var}(\text{payoff})$ finie. Le prix exact est $C=e^{-rT}\mu$, l'estimateur $\widehat C=e^{-rT}\bar Y$ avec $\bar Y=\tfrac1P\sum_p Y_p$.

1. Sans biais. Par linéarité, $\mathbb E[\widehat C]=e^{-rT}\tfrac1P\sum_{p}\mathbb E[Y_p]=e^{-rT}\mu=C$ : l'estimateur vaut le prix en moyenne.

2. Variance — l'étape clé, c'est l'indépendance. Les $Y_p$ étant indépendants, la variance de la somme = somme des variances : $$ \mathrm{Var}(\widehat C)=e^{-2rT}\tfrac1{P^2}\,\mathrm{Var}\Big(\textstyle\sum_{p=1}^P Y_p\Big)=e^{-2rT}\tfrac1{P^2}\cdot P\,s^2=\frac{e^{-2rT}s^2}{P}. $$

3. Écart-type = l'erreur. En prenant la racine, $\mathrm{std}(\widehat C)=e^{-rT}s/\sqrt P$ : décroît en $1/\sqrt P$ (diviser l'erreur par 2 coûte 4× plus de chemins) et ne dépend pas de la dimension du noyau — ni $N$ ni régularité — d'où l'universalité.

4. Loi & intervalle de confiance (TCL). Le théorème central limite donne $\sqrt P\,(\bar Y-\mu)\to\mathcal N(0,s^2)$ (en loi), soit $$ \widehat C\approx\mathcal N\!\Big(C,\tfrac{e^{-2rT}s^2}{P}\Big)\ \Longrightarrow\ \text{IC à 95\%}:\ \widehat C\pm 1.96\,\frac{e^{-rT}s}{\sqrt P}. $$

5. Pourquoi le $\approx$ et le chapeau. Le vrai $s$ est inconnu (il dépend du prix cherché) → on le remplace par l'écart-type empirique sur les mêmes $P$ tirages, $\widehat{\mathrm{std}}^{\,2}=\tfrac1{P-1}\sum_p(Y_p-\bar Y)^2\to s^2$ (estimateur convergent) : d'où $\text{erreur}\approx e^{-rT}\widehat{\mathrm{std}}/\sqrt P$ — l'erreur est elle-même estimée. $\blacksquare$

5.2 — Discrétisation : schéma d'Euler 3 sur $\sigma$ + Euler point-gauche sur le log-prix

(a) la volatilité — schéma d'Euler 3 (variance exacte)
$\displaystyle \sigma=g_0+W\,Z,\qquad W_{ij}=\sqrt{\textstyle\int_{t_{j-1}}^{t_j}K(t_i-s)^2\,ds},\quad Z_j\sim\mathcal N(0,1)$

$W$ triangulaire ($\sigma_{t_i}$ ne dépend que des chocs passés) ; chaque poids garde la variance exacte de l'incrément (forme close pour les 4 noyaux). Unique opération en $O(N^2)$/chemin. Pourquoi pas une évaluation ponctuelle du noyau ? Le schéma naïf $K(t_i-t_{j-1})\sqrt{\Delta t}$ (« Euler 1 ») sous-estime la variance près de la singularité rough → le frac dérive avec $N$ ; Euler 3 l'intègre exactement → convergence.

(b) le log-prix — schéma point-gauche, martingale exacte
$X_{t_{i+1}}=X_{t_i}-\tfrac12\sigma_{t_i}^2\Delta t+\sigma_{t_i}\big(\rho\,\Delta W_i+\sqrt{1-\rho^2}\,\Delta Z_i\big),\quad S=S_0e^{X}$

$\sigma_{t_i}$ prédictible (début de pas) ⇒ chaque incrément est log-normal d'espérance 1 ⇒ $\mathbb E[S_T]=S_0$ exactement. La corrélation prix-vol vient du partage du bruit $\Delta W_i=\sqrt{\Delta t}\,Z_i$ entre $\sigma$ et $B$. La trajectoire entière est conservée (asiatique, barrière, forward-start).

démonstration 1 — d'où vient le poids d'Euler 3 (variance marginale exacte)

On décompose la convolution $X_{t_i}=\nu\sum_{j\le i}I_{ij}$ en incréments d'intervalles disjoints, donc indépendants : $I_{ij}=\int_{t_{j-1}}^{t_j}K(t_i-s)\,dW_s\sim\mathcal N(0,\sigma_{ij}^2)$ avec $\sigma_{ij}^2=\int_{t_{j-1}}^{t_j}K(t_i-s)^2ds$ (isométrie d'Itô). On l'écrit donc exactement en loi $I_{ij}\stackrel{d}{=}\sigma_{ij}Z_j$ — d'où $W_{ij}=\nu\,\sigma_{ij}$. Comme les $Z_j$ sont i.i.d., $\mathrm{Var}(X_{t_i})=\nu^2\sum_{j\le i}\sigma_{ij}^2=\nu^2\int_0^{t_i}K^2$ = valeur exacte : zéro erreur sur $\mathrm{Var}(\sigma_t)$, à tout $N$.

démonstration 2 — pourquoi le ponctuel dérive, pas Euler 3

Sur l'incrément diagonal $j=i$ du frac $K(\tau)=\tau^{H-1/2}/\Gamma(H+\tfrac12)$, la vraie variance vaut $\sigma_{ii}^2=\frac{\Delta t^{2H}}{2H\,\Gamma(H+\tfrac12)^2}$. Les rapports à la vérité (le $\Delta t^{2H}$ se simplifie — l'erreur est un facteur constant, pas $O(\Delta t)$) : Euler 1 $=2H$, midpoint $=2H\cdot2^{1-2H}$, Euler 3 $=1$. Pour $H=0.1$ : Euler 1 sous-estime ×5, midpoint ×2.9 ; Euler 3 exact. L'erreur ne tend pas vers 0 quand $N\to\infty$ → le ponctuel dérive, Euler 3 converge (§5.5, figure (c)).

graphique interactif — la « dérive » des schémas ponctuels quand on raffine le pas N

Plus on met de pas de temps $N$, plus la simulation devrait être juste. On trace la fraction de la variance vraie de $\sigma$ que chaque schéma capture, selon $N$ (noyau rough $K(\tau)=\tau^{H-1/2}$). Euler 3 est exact pour tout $N$ (ligne plate à 100 %) ; Euler 1 / 2 (ponctuels) sous-estiment et ne rattrapent qu'en $N^{-2H}$ — si lent qu'ils restent faux même à grand $N$. C'est ça, « le ponctuel dérive, pas Euler 3 ». Bougez H : à $H=\tfrac12$ (noyau lisse) les 3 coïncident ; plus c'est rough, plus l'écart est béant.

Fraction de la variance de σ captée selon le nombre de pas N
H (Hurst — rough si < ½)0.10

5.3 — Réduction de variance et nombres aléatoires communs

Le bruit en $1/\sqrt P$ est le talon d'Achille : diviser l'erreur par 2 coûte de chemins. Deux leviers, sans biais. Antithétiques : à chaque $\Delta W$ on ajoute son opposé $-\Delta W$ ; le payoff du call étant monotone, la paire est négativement corrélée → variance réduite à budget égal. Nombres aléatoires communs (CRN) : pour la calibration (§6) on fige les normales (par maturité) → l'objectif devient lisse et déterministe en les paramètres (Levenberg-Marquardt converge), et les deux strikes du skew $K_\pm$ partagent les chemins → leur différence est très peu bruitée.

5.4 — Quel pas de temps pour quel noyau

La simulation est la même pour tous les noyaux ; seul le pas $N$ joue un rôle différent selon la régularité :

NoyauComportement en $N$Pourquoi
exp / 2exp (markovien)converge proprementnoyau borné et lisse
shifted (rough régularisé)converge proprementnoyau $(t-s+\varepsilon)^{H-1/2}$ borné en $0$
frac (rough, singulier)converge (avec Euler 3)la variance diagonale $\int K^2$ est intégrée exactement

La diagonale du noyau frac explose comme $(t-s)^{H-1/2}$. Un schéma qui évalue le noyau ponctuellement (Euler 1 / point-milieu) sous-estime la variance de l'incrément diagonal d'un facteur fixe → le skew du frac dérive avec $N$. Le schéma d'Euler 3 intègre $\int_{t_{j-1}}^{t_j}K^2$ exactement (forme close) : le frac se stabilise (§5.5, figure (c)). On fixe néanmoins la règle $N(T)$ une fois pour toutes à la calibration (§6), pour que le skew soit comparable entre maturités.

5.5 — Convergence et coût

Deux erreurs de natures différentes : bruit statistique $\sim 1/\sqrt P$ (IC 95 % $=1.96\,\widehat{\mathrm{std}}/\sqrt P$), indépendant du noyau ; et biais de discrétisation $\sim 1/N$ (Euler sur le log-prix — la variance de $\sigma$, elle, est exacte à $N$ fixé par Euler 3, donc pas de dérive du frac). Coût d'une simulation : $O(P\cdot N^2)$, dominé par le produit $Z\,W^{\!\top}$ — lourd mais massivement vectorisable et universel (markovien, rough, et les exotiques du §7).

5.6 — Validation : limite Black-Scholes et martingale

Sans prix de référence externe, on valide par des vérités connues que le MC doit retrouver. (1) Limite $\nu=0$ : vol-of-vol nulle ⇒ $\sigma\equiv\sigma_0$ constant ⇒ on retombe sur Black-Scholes (forme fermée), à tous les strikes. (2) Martingale $\mathbb E[S_T]=S_0$ : garantie exacte par le schéma point-gauche (§5.2).

call $T=1$ (limite $\nu=0$, $\sigma=0.20$)$K=90$$K=100$$K=110$
Black-Scholes exact13.597.974.29
Monte-Carlo (IC 95 %)13.58 ± 0.077.95 ± 0.064.28 ± 0.04

Martingale $\mathbb E[S_T]/S_0 = 0.9993$ (rough) à $1.0000$ (markovien) — soit $1$ à l'erreur Monte-Carlo près. Le MC reproduit Black-Scholes à l'erreur près à tous les strikes → la chaîne simulation → payoff → moyenne est correcte.

Smile produit par le modèle (pricing Monte-Carlo, live)
κ (réversion)2.0
θ (niveau LT)0.20
σ₀ (départ)0.20
ν (vol-of-vol)0.30
ρ (corrélation)−0.70
vol ATM (T=1)
skew ATM (T=1)
Synthèse — §5
Moteur de pricing par Monte-Carlo validé : simulation directe de la vol gaussienne par le schéma d'Euler 3 $\sigma=g_0+W\,Z$ à variance exacte (valable pour tous les noyaux) ; Euler point-gauche qui préserve exactement la martingale ; réduction de variance (antithétiques) et nombres aléatoires communs pour une calibration stable ; validation par la limite Black-Scholes ($\nu=0$) et le test de martingale. On a aussi vérifié que le schéma d'Euler 3 fait converger le frac (singulier), là où une évaluation ponctuelle du noyau dériverait avec $N$. ➡️ Prêt pour calibrer les 4 noyaux (§6) puis pricer l'asiatique par MC (§7).
Partie 06

Calibration et comparaison des modèles

On cale les 4 noyaux sur le vrai skew SPX (avec ρ calibré) via le moteur Monte-Carlo. Résultat : le markovien 2-facteurs gagne, et la rugosité H n'est pas identifiable.

Pipeline. Données (§3) → modèle (§4) → moteur Monte-Carlo (§5) → calibration (ici) → exotique (§7).

Distinction avec le §3
Le §3.3 ajustait des formes paramétriques $S(T)$ (proxies). Ici on calibre le vrai modèle : le skew est calculé par le pricer Monte-Carlo du §5. Les deux concordent (le 2exp gagne) — mais le vrai modèle révèle en plus la non-identifiabilité de $H$.

6.1 — Méthodologie

6.2 — Résultats : le markovien à deux facteurs gagne

noyauparamètres calibrésRMSEkAICBIC
2exp (markovien)κ₁=40, ν₁=0.38, κ₂=1.03, ν₂=0.31, ρ=−0.980.00915−62.1−60.2
shifted (rough)H = 0.07, ν = 0.19, ρ = −1.00.01883−50.2−49.0
frac (rough)H = 0.36, ν = 0.36, ρ = −0.860.02023−48.7−47.5
exp (1 facteur)κ = 0.34, ν = 0.70, ρ = −0.820.04783−29.7−28.5

$S_{2exp}$ ajuste le mieux ($\approx 0.009$) — même par AIC/BIC malgré 5 paramètres. Ses deux échelles ($\kappa_1\approx40$ rapide, $\kappa_2\approx1.0$ lente) capturent le crossover du skew (§3.4). $S_{exp}$ (1 facteur) ne peut pas faire le crossover. Cohérent avec le §3.3 (proxy $S_{2exp}$ gagnait à 0.008).

Skew calibré vs marché SPX

6.3–6.5 — Parcimonie, et Stein-Stein vs Heston

Parcimonie (AIC/BIC). $S_{2exp}$ a 5 paramètres (le plus) mais son RMSE est si bas qu'il gagne quand même AIC et BIC ; $S_{exp}$ est pénalisé par son mauvais ajustement. Meilleur modèle = markovien à deux facteurs. Stein-Stein vs Heston (§6.5) : Heston (variance CIR) calibre aussi le skew ; le choix relève de la tractabilité (vol gaussienne directement simulable vs variance CIR à intégrer en gérant la positivité), pas d'un verdict empirique sur les vanilles ATM.

6.6 — Identifiabilité (le point central) & pont vers §7
La term structure de l'ATM skew ne permet pas d'identifier la dynamique :
  • $H$ n'est pas identifié : les deux noyaux rough qui ajustent aussi bien donnent des $H$ incompatibles — frac $\Rightarrow H\approx0.36$ (à peine rough) vs shifted $\Rightarrow H\approx0.07$ (très rough). ~5× d'écart pour une qualité d'ajustement comparable. À ne pas confondre avec le $H\approx0.10$ du §3.4 : celui-ci était la pente log-log d'un proxy de skew (un exposant descriptif), tandis qu'ici $H$ est le vrai paramètre de Hurst du noyau calibré via le pricer Monte-Carlo. Que ces deux $H$ ne coïncident pas — et que le vrai modèle en admette toute une plage — est précisément le signe de la non-identifiabilité.
  • Le meilleur modèle n'est même pas rough : c'est le markovien $S_{2exp}$. Le skew ne prouve donc pas la rugosité (rappel §4.2 : une somme finie d'OU approche le rough).
  • Des paramètres très différents donnent le même skew (vallée plate — écho à la sur-paramétrisation du §3.3).

Les vanilles ne tranchent pas. S'il existe une différence observable entre ces modèles calibrés à l'identique, elle est dans les exotiques path-dépendantes — c'est le §7 : pricer la même asiatique sous les 4 modèles et mesurer leur divergence.

Partie 07

Retour à l'exotique : le prix de l'asiatique

La boucle se referme. On price enfin l'option asiatique du §1 sous chaque dynamique calibrée — et l'écart de prix matérialise le coût réel d'une erreur sur le modèle.

Pipeline. Données (§3) → modèle (§4) → moteur Monte-Carlo (§5) → calibration (§6) → exotique par Monte-Carlo (ici).

Précaution — recalibrer niveau + skew (sinon la comparaison est biaisée)
Le §6 calibrait le skew seul, niveau figé. Conséquence : les 4 modèles donnent des vols ATM très différentes (≈ 23 % à 41 %) — comparer leurs exotiques serait confondu par ce désaccord de niveau. Pour une comparaison équitable (la démarche d'Abi Jaber & Li), on recalibre conjointement chaque modèle à une même vol ATM (~20 %) et au skew SPX : les vanilles deviennent alors indiscernables, et toute différence sur l'exotique est un pur risque de modèle.

7.0 — Calibration jointe : aligner les vanilles

noyauniveau $L$paramètres skew$\rho$RMSE volRMSE skewvol ATM 1 an
2exp (markovien)0.183κ₁=24.6, ν₁=0.371, κ₂=0.83, ν₂=0.218−0.9990.01030.013120.8 %
shifted (rough)0.183H=0.031, ν=0.157−0.9990.01020.016520.8 %
frac (rough)0.182H=0.219, ν=0.158−0.9990.01040.057620.7 %
exp (1 facteur)0.179κ=2.77, ν=0.433−0.9950.01530.105821.2 %

Les 4 modèles ont désormais ~même vol ATM (20–21 %) et ~même skew — vanilles comparables. Seul exp (1 facteur) ne reproduit pas le skew (RMSE 0.106, pas de crossover) : il reste inadéquat même après recalibration. Les deux noyaux rough donnent encore des $H$ incompatibles (frac 0.22 vs shifted 0.03) — la non-identifiabilité du §6 persiste.

7.1 — Pricing Monte-Carlo de l'exotique

Une exotique path-dépendante n'a ni cotation ni formule fermée : on simule. La volatilité gaussienne se discrétise par le schéma d'Euler 3 (variance exacte, §5.2) en $\sigma_{t_i}=L+\sum_{j\le i} W_{ij}\,Z_j$, $W_{ij}=\sqrt{\int_{t_{j-1}}^{t_j}K(t_i-s)^2ds}$ (alternative directe au lift markovien du §4.2, car $\sigma$ est gaussien) ; le log-prix $dX_t=-\tfrac12\sigma_t^2dt+\sigma_t(\rho\,dW_t+\sqrt{1-\rho^2}\,dZ_t)$ donne la trajectoire entière $S_{t_i}=S_0e^{X_{t_i}}$ — nécessaire pour l'asiatique (moyenne), la barrière (extrema), le forward-start. Variables antithétiques (240k chemins, T=1).

payoff (ATM, T=1)exp2expfracshifteddisp. 4 mod.disp. 3 adéq.
Européenne (vanille)8.5158.3158.3198.3322.4 %0.2 %
Asiatique arithmétique4.7164.6964.6904.7060.5 %0.3 %
Forward-start (T/2)5.8815.7485.7705.7422.4 %0.5 %
Barrière Up & Out 1308.0047.8117.6397.8104.7 %2.2 %

Deux dispersions. « 4 mod. » inclut exp, le 1-facteur inadéquat (RMSE skew 0.106) — il gonfle l'écart, surtout sur les vanilles. « 3 adéq. » ne garde que les modèles qui collent vraiment aux vanilles (2exp markovien, frac & shifted rough) : c'est la vraie mesure du risque rough↔markovien. On y voit que les vanilles deviennent indiscernables (0.2 %), l'asiatique reste à ~0.3 %, mais la barrière garde ~2.2 % — frac (rough) décroche encore.

Risque de modèle par payoff — écart au prix moyen
Écart de chaque modèle au prix moyen, par payoff. Quasi nul sur les vanilles (calibrés à l'identique) ; ~0.5 % sur l'asiatique (le payoff moyenne la trajectoire, lissant les différences) ; jusqu'à ~5 % sur la barrière, où frac (rough, H≈0.22) décroche — la mémoire du noyau change la probabilité de toucher la barrière.

7.2 — Le coût d'une erreur sur la dynamique

Synthèse — §7 : réponse à la question centrale
  • Vanilles : par construction, les modèles s'accordent — le marché ne les distingue pas (§3, §6).
  • Asiatique : écart modeste (~0.5 %). La moyenne lisse la structure fine de la volatilité.
  • Produits sensibles au chemin (barrière, forward-start) : l'écart grandit (~3–5 %) ; c'est là que rough (frac) décroche du markovien (2exp) et du shifted.

Verdict. Conclure « rough » trop vite ne coûte presque rien sur les vanilles ni sur une asiatique, mais peut coûter plusieurs % sur un exotique sensible au chemin de la volatilité. Le risque de modèle est réel, borné, et dépend du produit — un argument pour la prudence plutôt que pour une foi aveugle dans la rugosité.

Partie 08

Discussion : peut-on vraiment distinguer rough, markovien et path-dépendant ?

Le climax : on rassemble les pièces — skew empirique (§3), moteur Monte-Carlo (§5), calibration (§6), exotiques (§7) — pour répondre à la question centrale.

8.1 — Point de vue statistique : l'identifiabilité de la rugosité $H$

La calibration du §6 livre un constat dérangeant : deux noyaux rough de rugosités très différentes ajustent le skew SPX de façon comparable, et le meilleur ajustement n'est même pas rough.

noyauRMSE skew$H$ calibrénature
2exp0.009markovien (pas de $H$) — gagne
shifted0.0190.07rough régularisé
frac0.0200.36rough singulier
exp0.048markovien 1-facteur (échoue : pas de crossover)

frac ($H\approx0.36$) et shifted ($H\approx0.07$) atteignent la même qualité d'ajustement avec une rugosité 5× différente → le skew ne contraint pas $H$ (vallée plate de l'objectif, §6.6). Deux mécanismes : (i) entre familles de noyaux, des $H$ incompatibles donnent le même skew ; (ii) rough ↔ réversion rapide — un noyau rough est un mélange infini d'OU qu'une somme finie (markovienne) approche (§4.2). Côté vol réalisée (physique), estimer $H$ sur échantillon fini est biaisé, et un comportement spiky peut imiter la rugosité (GJR 2018 ; Abi Jaber & Li 2025). $H$ n'est pas robustement identifiable.

8.2 — Point de vue des prix d'options : ce que le marché distingue (ou non)

Vanilles vs exotiques
Vanilles : aucune distinction. Markovien (2exp), rough (frac) et shifted reproduisent tous le skew (§3, §6) ; seul l'exp 1-facteur échoue, pour une raison structurelle (incapable du crossover), pas par excès de régularité.  Exotiques : la dynamique « mord ». À calibration jointe identique (§7.0), les modèles divergent sur les payoffs path-dépendants (§7.2), d'un écart payoff-dépendant : ~0.5 % sur l'asiatique (le payoff moyenne la trajectoire), ~2 % sur la barrière (le frac rough décroche). S'il existe une différence observable, elle est dans les exotiques.

8.3 — Risques d'une conclusion « rough » hâtive

8.4 — Recommandations pratiques

  1. Vanilles / calibration : un markovien à 2 facteurs (2exp) suffit et est parcimonieux (gagne le BIC).
  2. Exotiques path-dépendants : quantifier le risque de modèle en priçant sous plusieurs modèles adéquats et en reportant l'écart, plutôt que de s'engager sur une seule dynamique.
  3. Ne pas sur-interpréter un $H$ unique : reporter une fourchette, tester la robustesse (autres actifs).
  4. Garder le noyau rough comme modèle de stress / sensibilité, pas de base.
Partie 09

Conclusion et perspectives

Un moteur Monte-Carlo unique (Euler 3) pour le Volterra Stein-Stein, calibré au SPX : le markovien 2-facteurs gagne, $H$ n'est pas identifiable, et le risque de modèle vit dans les exotiques.

9.1 — Synthèse

Ce mémoire a construit un moteur Monte-Carlo unique (schéma d'Euler 3, variance exacte) pour la classe Volterra Stein-Stein, validé par la limite Black-Scholes et le test de martingale (§5). Calibré au skew SPX, il livre trois résultats : (i) le markovien à 2 facteurs ajuste le mieux (meilleur BIC) ; (ii) la rugosité $H$ n'est pas identifiée (frac et shifted ajustent aussi bien avec des $H$ ~5× différents) ; (iii) sous calibration jointe, les modèles s'accordent sur les vanilles mais divergent sur les exotiques, d'un écart payoff-dépendant.

Réponse à la question centrale
Sur les données d'options du SPX, les vanilles ne distinguent pas markovien, rough et path-dépendant, et ne fixent pas $H$ ; la différence, si elle existe, est dans les exotiques path-dépendantes. Conclure « rough » trop vite a un coût réel, borné et dépendant du produit — un argument pour la prudence.

9.2 — Limites

9.3 — Perspectives

Annexe

Annexe — compléments

Définitions et rappels référencés dans le texte par un numéro entre parenthèses (p. ex. (1)). Cliquez sur le numéro pour venir ici, et sur ↩ pour revenir au passage.

Références

Modèle (fondations)

Rough vs markovien / path-dépendant

Structure par terme de l'ATM skew

Inversion Black-Scholes / vol implicite

Note méthodologique
Les méthodes de Fourier / déterminant de Fredholm (Abi Jaber 2022 ; Abi Jaber & Guellil 2025) fondent la fonction caractéristique analytique du cadre ; sur conseil de l'encadrant, le pricing de ce mémoire repose toutefois sur le schéma d'Euler / Monte-Carlo (§5), et non sur l'inversion de Fourier.